Mardi 12 avril 2011
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16:57
Comme toujours une excellente intervention de Maître Collard. Bien
plus, qu''une réaction sur un fait divers sanglant, il appelle à une réflexion sur l'évolution de la société. Et ne sommes-nous pas tous un peu responsables de cet état de fait ? Nous sommes
devenus des spectateurs passifs de réalités qui ressemblent au séries télévisées, aux téléréalités, le tout sous le regard bienveillant d'un monde politique qui a compris le vieil adage "du pain
et des jeux" Cela distrait l'électeur et comme le pain manque de plus en plus
Un autre monde par Gilbert Collard
La réalité dépasse la fiction ? Non, la
fiction est devenue réalité.
Ce qui est l’expression tragique d’un
franchissement des frontières subjectives, d’une rupture des digues qui contenait encore l’explosion des extrémismes criminels. La scène projetée sur un écran ferait frémir. Elle est désormais
figée dans la matérialité de la mort d’un jeune homme de vingt et un ans, assassiné à Villepinte, à son domicile, sous les yeux de son père et de sa mère, de ses sœurs, 16 ans et 20 ans, de son
frère, 12 ans.
Entre 5 h 45 et 6 heures, quatre
tueurs, cagoulés et armés, pénètrent dans le quartier pavillonnaire, défoncent la porte du garage, hurlent « police », tirent la victime de
son lit, la traînent dans le salon et l’abattent de plusieurs balles de calibre 9mm.
Un autre monde, en gestation depuis des années
de lâcheté, cocooné par les discours irréels sur les banlieues, arrosé à l’arrosoir de la langue de bois, du manque de discernement, vient de naître. Quel que soit le mobile ou les mobiles à
découvrir de cet assassinat, il nous fait entrer dans une nouvelle violence, la barbarie post-moderne à visage cagoulé.
Pour tuer un jeune homme froidement, dans la
perpétration lente d’un scénario criminel détaché, comme çà, sous les yeux des siens, il faut évoluer dans un autre univers où les sensibilités sont mortes, ou la jouissance à tuer devant des
« spectateurs » concernés relie le crime au spectacle.
On a laissé, au fil du temps, s’incruster une
sous-culture de la violence, avec ses codes, ses gestes, ses vêtements, ses chansons, son parler, ses territoires, ses rituels, au point qu’aujourd’hui elle impose ses codes sanglants. À cela,
parmi d’autres causes, la démission et la lâcheté, qui nous rendent incapable de mettre des mots justes sur une réalité criminogène, de dénoncer l’émergence de tribus criminelles, au sens
sociologique, mafesolien (1) du terme, dans nos cités, nos banlieues inhumaines. Salauds d’architectes et d’édiles d’alors !
Tous les codes ont sauté dans la perpétration
de ce crime, le domicile, la nuit, la famille, la jeunesse, le respect de la vie, des parents, la référence à la police, passeport pour tuer, dans un inversement significatif des valeurs. En même
temps, ce crime en dit long sur l’armement et les méthodes. Palerme n’est plus en Sicile et la mafia importe, par imitation cinématographique, ses
méthodes dans nos quartiers. C’est l’appropriation des méthodes maffieuses par un milieu qui n’est pas le milieu.
On se prépare de beaux jours. Enfin, il ne faut
pas être trop pessimiste…Gbagbo a été arrêté, nos cités peuvent dormir en paix…
1
- mafesolien - référence aux travaux de Michel Maffesoli, professeur des universités, à la Sorbonne, à l’université
Paris-Descartes. NDLR.
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