Dimanche 5 avril 2009
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Brusquement, Willy Demeyer, bourgmestre de Liège, a décidé de chasser les prostituées de leurs « salons » aux
néons évocateurs du quartier Cathédrale Nord .
« Salon » est un bien grand mot pour ces cagibis minables qui auraient dû subir la dure loi de l'expulsion pour
insalubrité depuis longtemps.
Mais
pourquoi cette décision soudaine ? Le quartier est devenu une zone criminogène où vendeurs de drogue, maquereaux, délinquants divers, font la loi, rançonnent, agressent, volent et
arrivent même à s’étriper.
D'accord, mais cela fait longtemps que le phénomène dure. J'ai souvenir d'un drogué, s'injectant son poison en pleine journée, assis sur le seuil du magasin de vêtements que je
fréquentais . Depuis ce tailleur a fermé ses portes comme une bonne partie des commerçants de cette artère, autrefois très prospère.
La cause
de ce désastre réside-t-elle dans la présence de ces fameux « salons » tolérés depuis de nombreuses années ou bien dans l’inefficacité de la police locale, dont le chef suprême est
ce fameux bourgmestre ? Peut-être même dans le désintérêt d'un édile communal, provenant d'un faubourg de la cité et peu intéressé par la survie des indépendants du
centre-ville?
Willy a donc pris un arrêté de police l’été dernier et vient de décider de donner
l’estocade finale à ces locataires dérangeantes.
Le Conseil
d’État a invalidé l’arrêté de la ville. Celle-ci a introduit un appel à la décision. Mais pensez-vous que ce socialiste, défenseur des petites gens (et je n’ai jamais pris les dames de ce
quartier pour des privilégiées*) attendra la nouvelle décision ?
Non, Sa Majesté populaire veut tout de suite supprimer ce qu’il a accepté pendant de nombreuses années. Dès
ce lundi, a-t-il annoncé, les mesures d’expulsion seront appliquées. Il montre la même fermeté que celle témoignée aux quelque 19.000 Liégeois qui
lui demandaient simplement de poser la candidature de Liège au titre de Capitale Européenne de la Culture 2015.
Beaucoup ont suspecté dans ce refus l’expression d’une volonté de ne pas porter ombrage à son président montois de parti.
Espérons que son impatience pour l’évacuation de ces péripatéticiennes ne soit pas liée, elle, à un quelconque projet immobilier qui devrait se faire dans ce coin de bord de
Meuse !
Il faut rappeler que la prostitution n’est pas interdite, mais que le proxénétisme hôtelier l’est.
Serait-ce une bonne idée que la ville loue des préfabriqués et les installe ailleurs en ville pour loger ces travailleuses (l’on parle même de la rue Varin qui retournerait ainsi à ses anciennes
vocations, mais qui se situe près de la Gare de Calatrava, nouvel orgueil de la ville et entrée pour les visiteurs étrangers) ?
Ce serait une autorité publique qui gérerait ce patrimoine très particulier ? Demeyer aurait-il l’idée de le classer
en logement social à loyer modéré ?
Pourtant, une solution simple existait. L’arrêté concerne deux rues, rue du Champion et rue de l’Agneau. Il suffisait de
fermer les accès à ces deux ruelles par des portes, ouvertes seulement aux adultes et d’y faire régner l’ordre. Par contre, toutes les rues environnantes devraient être particulièrement
interdites à toute activité illicite.
Les élections approchent. La question se pose. Faut-il sauver Willy (et son parti autoritaire) ? Ma réponse est
catégorique, NON !
* Georges Brassens a chanté cette vérité première:
Bien que ces vaches de bourgeois,
Les appellent des filles de joie,
C'est pas tous les jours
Qu'elles rigolent,
Parole, Parole,
C'est pas tous les jours qu'elles rigolent !
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